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May 03 le retour du gourouLaNacion.cl, Lundi 1er mai 2006
À 70 km au nord de Santiago, sur un terrain de 1,3 ha, l'argentin Mario Rodríguez Cobos rencontrera samedi prochain ses suiveurs chiliens. Andrea Núñez Trente-sept ans ont passé depuis que Mario Rodríguez Cobos, plus connu comme Silo, parla devant une paire de centaine de personnes réunies dans la zone andine de Punta de Vacas en Argentine. Ce 4 mai 1969 au travers de son discours "La Guérison de la souffrance", Silo lança les bases d'un mouvement les plus questionnés du début des années 70. Beaucoup d'eau est passée sous les ponts et le "Mouvement" et sa structure s'étendent aujourd'hui dans plus de 140 pays du monde proclamant la transformation sociale et politique sur la base d'une "doctrine sociale" qui critique le système et propose le changement par la transformation personnelle. Le Chili d'aujourd'hui semble avoir oublié la polémique des années 70, ou du moins avoir accpeté les divers expressions par lesquelles le dit "Mouvement Humaniste" s'est installé dans notre société. De fait, le "Parti Humaniste" fit partie de la Concertación originelle qui mit fin à la dictature, installa une députée au Parlement naissant (Laura Rodriguez) et un des siens, Tomás Hirsch, pris la tête de la liste de gauche dans les dernières élections présidentielles. Mais l'aile politique du mouvement est juste une partie du travail de transformation globale de la société que proposent Silo et ses suiveurs et que l'on peut résumer comme le développement d'une nouvelle éthique basée sur une rénovation spirituelle et des principes de solidarité et de non-violence. D'autres organisation de fonctionnement sont la Communauté pour le développemement humain, qui travaille avec des organisations de base, et le Centre des cultures, dont l'objet est la non-discrimination. De fait, cette dernière instance fut l'un des promoteurs de la rencontre que le Président de Bolivie, Evo Morales, eut avec la société civile au stade national le 11 mars dernier, réunion qui fut marquée par la demande de mer pour la Bolivie. Retour à la spiritualité En juillet 2002, Mario Rodríguez Cobos "Silo" décida de l'éloigner de l'organique politique du Mouvement Humaniste dont il est idéologue, pour se concentrer sur ses apsects mysthiques. Ainsi naquit "Le Message de Silo". Cette publication qui circule imprimée et est en accès libre sur Internet compte trois parties : le Livre, connu comme "Le Regard intérieur", l'Expérience, présentée au travers de huit cérémonies, certaines collectives et d'autres personnelles qui produiraient des changements importants et positifs dans la vie quotidienne, et "Le Chemin", qui est un ensemble de réflexions sur la vie personnelle et sociale. "Le message de Silo n'a pas varié", explique Soledad Antúnez, porte parole et membre de l'un des groupes du Message. "Les principes sont les mêmes : la recherche du profond et du sacré qu'il y a en chacun, et à partir de cela le changement social", précise-t-elle. La particularité des groupes qui se réunissent autour du "Message" vient du fait que c'est une instance non organisée formellement, où la discution et l'interprétation des textes sont libres et personnelles. Aujourd'hui à Santiago existent deux points de rencontre (dénommé "petites salles") dans les communes de Providencia et Peñalolén. Cependant, comme la difusion du texte est libre, il est probable que d'autres groupes existent. "Il n'est pas nécessaire d'avoir foi, ni d'assumer des engagements", dit Antúnez, précisant que "dans la construction de cette nouvelle éthique participent des gens des cinq continents". Salles du Message Déterminer combien sont les suiveurs de Silo autour du monde est difficile. Cependant, il est significatif de signaler que en 2004, et aveec l'apport volontaire des propres membres, a commencé la construction en divers points de la planète des "Salles de la Communauté du Message". A ce sujet, Silo a dit "nous voulons que l'on se souvienne de ces lieux non par leur majesté architecturale mais parce qu'en eux on commença à reconstruire l'esprit humain". La Salle Régionale d'Amérique latine a été construite en Argentine (près de Buenos Aires), tandis que les quatre autres se trouvent aux Etats-unis, en Italie, en Egypte, et en Inde. Pendant ce temps, on avance avec les Salles nationales et actuellement se construisent celles de Punta de Vacas (à Mendoza) et Tolède (en Espagne). La Salle chilienne, qui se trouve au parque de Los Manantiales, à 70 km au nord de Santiago, sera inaugurée le 6 mai en coïncidence avec la cérémonie de "Célébration annuelle du Message de Silo". Et sur ce terrain de 1,3 ha, Mario Rodríguez Cobos se retrouvera face à face avec ses suiveurs. March 09 Le Seuil (de Joaquín Arduengo)Que sera ma propre mort ? Sera-t-elle différente de la tienne ? Ou établira-t-elle ses propres distinctions ? Quel paysage le vécu imposera-t-il ? Un paysage définitif ? Une ultime synthèse ? Une première et totale compréhension ? Que restera-t-il pour entreprendre un nouveau voyage ? Se réveiller du rêve ? Sourirais-je de l’ingénuité avec laquelle j’ai assumé la vie ? Pourrais je accepter en paix le seuil poétiquement signalé ?
Sur cette montre de jours, d’heures, de secondes, Dans laquelle se fondent les jours, Dans ce creuset de passions, de certitudes, d’erreurs Les cendres voleront-elles pour remplir d’étoiles le lointain firmament ? Pourrais je contempler qui j’ai aimé ? Pourrais je tendre ma main bienveillante quand ils en ont besoin pour compenser la dureté de quelque instant erroné ? Aurais je la possibilité de venir tel un rayon de soleil, me déposer sur une feuille, entrer dans le cœur quand le désespoir s’y niche et laisser avec douceur une petite lumière de joie palpitante ?
Il ne m’est pas suffisant de poursuivre aveuglément une croyance, ni de m’enfuir d’elle à toutes jambes apeuré. Mieux vaut – me dis-je – arriver digne, établir maintenant ma propre rébellion Entrer nu avec un regard curieux, aimable Disponible. Ne m’agenouiller devant aucun dessein obscur Mourir avec résolution profonde.
D’ici je peux voir la nuit, Sentir la brise glacée effleurer pour un instant infime Le silence suave de mon existence Quelle nécessité infinie de pardonner et de me pardonner !
Dans cette impermanence ambiguë, Je voudrais résoudre joyeusement le paradoxe de désirer ce qui rejette la possession Et prendre congé de cette vie reconnaissant December 04 La rébelion des recalés (Partie IV / IV)- Bien…-, balbutia PapaPépé, qui déjà commençait à s’émouvoir avec les souvenirs de ces vieux amis, dont la majorité était partie vers d’autres espaces, -un des premiers était Anibal, un grand ami, mécanicien automobile, dans le modeste atelier duquel nous faisions les premières réunions. Anibal avait toujours rêvé de se consacrer à l’art, et de fait il était extrêmement agile dans les tâches manuelles, et il jouait très bien de l’harmonica, mais il survivait en réparant les voitures du quartier. Il était venu vivre dans le quartier après la séparation avec sa première femme, un amour de jeunesse qui ne lui avait jamais pardonné de ne pas finir ses études pour lui assurer un futur meilleur, et était finalement partie vivre avec le propriétaire d’une boucherie. Après un an dans le quartier, Anibal se mit en couple avec Céline, une femme de 3 ans son aînée, qui avait un fils. Je crois qu’ils s’entendaient plutôt bien dans le fond, même si les conflits étaient fréquents, parce qu’Anibal croyait toujours que Céline le voyait comme un perdant (peut être en souvenir de son couple précédent), et il ne voulait pas avoir un enfant de peur qu’elle ne l’abandonne. Quant à elle, qui déjà se sentait discriminée dans le quartier pour avoir eu un fils en étant célibataire, elle avait peur qu’Anibal la laisse finalement pour une autre femme sans enfant. Heureusement pour eux, à mesure des réunions du groupe, ils purent gagner en communication, ils résolurent leurs insécurités et ils eurent deux charmants enfants qui leur rendirent la vie heureuse. Je me souviens qu’une fois nous vîmes Anibal très triste, et il ne disait à personne ce qui lui arrivait, jusqu’à ce que Céline nous raconte en secret qu’Anibal avait préparé des peintures pour les présenter à une exposition dans une salle de la ville, mais qu’ils le refusèrent parce qu’il n’avait pas le niveau pour concourir. La frustration d’Anibal fut si grande que nous décidâmes de l’aider, en lui expliquant que le plus important de l’initiative artistique était le sentiment qui la motivait et pas le résultat final, et que le mieux qu’il pouvait faire était d’aider d’autres à s’exprimer comme lui le faisait. Peu de temps après, Anibal organisa dans son propre atelier une exposition de dessins et de poésies avec tous les voisins du quartier qui avaient un quelconque penchant artistique pour aussi modeste soit-il. Ce fut une journée inoubliable, que nous terminâmes en chantant tous jusqu’au petit matin, accompagnés par l’harmonica d’Anibal, et en utilisant les outils de l’atelier comme des instruments de percussion.- - Et ce fut ce jour là que s’ajouta au groupe Don Eusèbe, le retraité- ajouta MamaMémé, cherchant à aider la mémoire de son mari – qui vivait seul dans la cabane en bois, depuis qu’il avait été expulsés parce qu’il ne pouvait pas payer son loyer. Et je me souviens aussi que cela lui réussit très bien, non seulement parce que cela le sortit de l’enfermement dans lequel il était, mais aussi parce qu’il y rencontra Frédéric le fils du médecin qui l’aida à trouver des médicaments gratuits- - Quel garçon extraordinaire ce Frédéric !-, commenta PapaPépé. Son père était un médecin connu de la ville qui gagnait beaucoup d’argent, et il avait obligé Frédéric à étudier la médecine. Il avait commencé à le faire mais il abandonna après deux ans et son père ne lui pardonna jamais. Frédéric participait à nos réunions sans que ses parents le sache, parce qu’ils étaient capables de dénoncer le groupe pour activités illicites. Frédéric, même s’il venait d’une famille riche, avait de bons rapports avec tous, et il se sentait valorisé et respecté dans sa vocation, qui était de cultiver la terre. Et après six mois, il décida d’aller s’installer dans une zone rurale, où nous avons appris qu’il organisa un autre « groupe de recalés » avec les gens de l’endroit. - Mais il n’est pas parti seul…- ajouta MamaMémé avec un sourire malicieux. – Il est parti avec Sabrina, la plus jeune des sœurs Pinto. La pauvre Sabrina était complexée parce qu’elle était un peu ronde, et que tous les modèles esthétiques de l’époque pour les femmes ne lui correspondaient pas. Ensuite celle qui s’intégra finalement au groupe fut sa mère, Teresa, qui s’approcha la première fois pour savoir si nous avions des nouvelles de sa fille, vu qu’elle ne lui avait pas écrit depuis longtemps, et qu’elle avait certaines craintes. Par la suite nous avons appris que Teresa étant jeune avait dû travailler comme prostituée pour pouvoir nourrir ses filles, et elle avait peur qu’il arrive quelque chose de semblable à Sabrina. - Et un autre qui participa à cette époque fut Benoît, le propriétaire du marché- continua PapaPépé, - Sa participation nous a tous surpris, vu que les choses allaient bien pour lui, et qu’il avait tout d’un vainqueur du point de vue du système. Par la suite, nous avons appris que son addiction à amasser de l’argent avait été si forte, qu’il délaissa ses liens familiaux à un point tel qu’il ne s’était pas rendu compte que son plus jeune fils devenait accroc à la drogue, et il s’en rendit compte quand il fut trop tard pour le récupérer. - Bon-, continua PapaPépé, - ce sont quelques uns du groupe initial, auquel se sont ajoutés d’autres personnes, et de nouveaux groupes se sont formés, car à mesure que la crise dans le monde avançait, chaque fois plus de monde sentaient l’échec de sa vie. Je me souviens qu’un des nouveaux groupes s’était formé entre les collègues d’une entreprise, et ils faisaient les réunions durant leur temps libre, dans un sous sol non utilisé. Penser que peu de temps avant ils se battaient entre eux pour les meilleurs places ! Jusqu’à ce qu’ils se rendent compte que les propriétaires utilisaient cette compétition pour mieux les exploiter ! C’était incroyable de voir comment les personnes passaient de la stupide course à la réussite, à se sentir recalés parce qu’ils n’obtenaient pas ce qu’ils voulaient, ou parce que ce qu’ils obtenaient ne leur plaisait pas, et ensuite, à partir de l’échec qu’ils ressentaient, comment ils commencèrent à se valoriser comme des êtres humains et à avoir d’autres types d’aspirations. - De quel type d’aspirations parles tu ? demanda Séléne. - Je parle de la chose suivante-, répondit PapaPépé pendant qu’il finissait son café, - au début les gens qui participaient dans ces groupes se contentaient d’en faire partie, d’être avec d’autres qui sentaient des choses similaires, qui se sentaient vidés et humiliés par le Système, sans futur. Mais peu à peu ils se connectaient avec quelque chose de plus profond, ils se rendaient compte qu’ils étaient vivants et qu’ils faisaient partie de la vie. Beaucoup commentaient, après quelques Cérémonies et travaux avec l’énergie, qu’ils se sentaient en communion avec les autres et avec la vie. Ils commencèrent à sentir que l’important était une expérience plus spirituelle et plus profonde que les bêtises matérielles et les illusions pour lesquelles ils avaient couru toute leur vie. À partir de là, ils commencèrent à se sentir extrêmement courageux et essayèrent d’aider d’autres, et ainsi se forma une véritable chaîne humaine chaque fois plus grande et avec chaque fois plus d’énergie. Le complexe d’infériorité qu’ils avaient eu face aux vainqueurs et au Système commença à se transformer en rejet puis en Rébellion. Personne ne voulait que ses descendants passent par ce par quoi ils étaient eux-mêmes passé. Au début les gens qui se réunissaient dans les groupes le faisaient presque avec honte, convaincus qu’ils étaient les marginaux, les faibles. Mais ensuite ils comprirent qu’ils étaient en réalité plus forts que ceux qui continuaient à courir derrière un succès stupide, placé comme une carotte par ce même Système qui nous exploitait et nous abrutissait tous. En réalité je crois que l’être humain, bien qu’hypnotisé par le système, continuaient de valoriser les affections, la relation avec d’autres, l’inspiration et d’autres expériences positives, mais en gardant comme aspiration à long terme les triomphes illusoires propres au Système et l’argent comme valeur centrale, les liens se rompirent et les meilleurs sentiments se dégradèrent.- -Et à ce moment là quelle fut l’aspiration à long terme qui remplaça celle de la réussite dans le Système ?- continua de demander Sélène. - Bien…-, commença PapaPépé, qui en supposant que ceci était évident dans les moments actuels, ne savait pas bien comment aborder la question.- Nous savons que l’Être Humain a comme mission d’Humaniser la Terre, dépasser la douleur et la souffrance, apprendre sans limite, transcender la mort même, prendre contact avec le plus sacré…, enfin tout ce que nous savons aujourd’hui qui nous mobilisent et nous donnent du sens.- - Certainement-, dit Sélène, -mais ce qui aujourd’hui est compris par les gens, je crois savoir que cela ne l’était pas à ton époque. Ce que je voudrais savoir est comment ils le découvrirent. Tu nous as raconté que tu sentais que l’on t’avait volé et outragé les rêves, que l’on t’avait laissé sans futur ; comment as-tu pu sortir de ce piège et prendre contact avec autre chose, qu’est ce qui t’a motivé ? Tu as dis toi-même que tous les mots comme liberté, révolution, justice avaient été perdus, je suppose que c’était la même chose pour les mots esprit, amour, évolution, etc. Pour le dire d’une autre façon, une fois on nous a appris que l’être humain se mobilise à partir de ses images. Toi, tu nous racontes que le Système avait remplacé les images positives par l’ambition de triomphe, et qu’en même temps il avait désacralisé les idéaux, ce que tu appelles l’Outrage aux Rêves. Ils étaient donc techniquement dans une voie sans issue, parce que, ou bien ils se motivaient pour le triomphalisme et se mobilisaient, ou bien ils restaient vides et démotivés. Qu’est ce qui les a motivé, si on avait déjà tué les rêves ? - Bien, peut être qu’il ne s’agissait pas de sortir chercher quelque chose qui était en dehors et qui était seulement un mot oublié-, dit PapaPépé, qui se rendait bien compte que Sélène cherchait à intégrer l’idée et pas seulement à la comprendre. – Ce qu’il fallait chercher était à l’intérieur, et en le trouvant, nous rencontrions notre essence humaine, et l’humain dans l’autre. À cette époque, j’étais un modeste travailleur dans la construction, et j’enviais ceux qui avait réussi économiquement dans la vie et pendant un moment j’ai cherché à les imiter, j’ai cherché à gravir les échelons, mais un jour j’ai commencé à me sentir mal. - Parfois je ressentais de l’indignation en voyant comment était traité un collègue, mais je réprimais mes sentiments, parce que ce n’était pas convenable de les exprimer pour être reconnu professionnellement. - Une autre fois j’ai ressenti de la compassion pour un voisin en difficultés économiques, mais j’ai réprimé mes sentiments parce que pour avoir du succès je devais seulement m’occuper de moi-même.- - Parfois j’ai ressenti de la solidarité avec un collègue de travail qui n’arrivait pas à bien faire son travail, mais j’ai renoncé à l’aider parce que si je lui apprenais, dans le futur il pourrait devenir mon concurrent.- - De nombreuses fois j’ai eu des élans d’être avec mes enfants en bas age, mais je les ai réprimés parce qu’il me convenait de faire des heures supplémentaires, pour gagner plus d’argent et pour être bien vu de mes supérieurs.- - Jusqu’à ce qu’un jour je me sente vide à l’intérieur, et que je me demande : dans quelle sorte de monde vit-on ? Un monde dans lequel pour avancer il faut réprimer ses meilleurs sentiments, et exacerber les pires. Et ensuite je me suis proposé de ne plus recommencer à trahir mes meilleurs sentiments. Je m’adapterais au monde comme je pourrais pour survivre, mais jamais aux dépends de mes meilleurs sentiments. Et ceci me fit me sentir beaucoup mieux. - Mais avec le temps, j’ai recommencé à me sentir mal. Même si j’avais réussi à me sentir bien avec mes êtres chers, si j’avais établi avec les gens des relations franches et sincères, et si jamais plus je n’avais trahi mes meilleurs sentiments, malgré tout quelque chose ne me convenait pas, je sentais que j’avais construit une tanière, un refuge, où le monde ne parvenait pas à m’empoisonner, et mes possibilités d’actions cohérentes se restreignait à ma petite tanière. Comment cela se passerait il pour mes enfants dans ce monde ? Devraient ils concourir pour triompher et anesthésier leurs meilleurs sentiments ? Ou construiraient ils chacun leur petite tanière, comme quelqu’un qui se protège d’un éternel déluge sans pouvoir sortir de sa cave ? Une chose est de survivre, une autre est de vivre pleinement. Et je sentais qu’ils nous avaient volés le futur, que rien d’important ne pouvait être planifié en allant à contre courant du monde. Et là j’ai senti que cette envie de faire quelque chose d’important de ma vie, venait de la machine des rêves ! Mais je n’avais pas d’images, les uniques images de « choses importantes » que j’avais appris étaient celles des stupides vainqueurs. C’est ainsi que l’idée de construire une société nouvelle prit du sens pour moi, et déjà à cette époque nous avions commencé à parler de ces choses avec les amis du groupe des recalés, puisqu’il nous arrivait à tous des choses semblables. C’était comme si les meilleurs sentiments de l’être humain ne pouvaient être réprimés indéfiniment, et en plus, qu’une fois libérés, on ne pouvait pas non plus les restreindre à un espace réduit, ils avaient besoin de sortir dans le monde et de s’étendre par l’action ! Et peu à peu dans nos esprits se configurèrent des images nouvelles, cohérentes avec ces sentiments qui cherchaient à s’étendre. De nouveau nous avions des rêves ! Et peu importait le nom que nous leur donnions, s’ils coïncidaient ou pas avec un mot oublié ou dégradé par le Système. L’être humain commençait à rêver de nouveau, et ils n’allaient pas nous arrêter ! La convergence entre de nombreuses personnes qui ressentaient la même chose, les travaux que nous faisions ensembles, l’énergie qui circulait entre tous et en chacun de nous fit contagion dans le monde, et ainsi le Système se vida et s’effondra. Et si tu me demandes pourquoi, chère Sélène, je ne sais pas comment l’expliquer. Peut être parce que nous en avons eu assez de souffrir, que nous en avons eu assez d’être piétiné et de piétiner d’autres pour faire comme tout le monde ! Peut être le souvenir de nos ancêtres, et des ancêtres de nos ancêtres qui, avec beaucoup de difficultés firent avancer l’évolution humaine ! Peut être parce qu’alors nous sentîmes la dignité ancestrale dont nous faisons partie jusqu’au plus petit des êtres humains ! Peut être parce que pendant un instant nous nous sommes rappelés que nous avions un destin profond et que nous étions indignés que ce destin soit détourné par quelques imbéciles triomphalistes ! Ou bien parce que personne ne nous assurait que nous avions un destin… mais que nous avons eu envie d’en avoir un ! Ou bien nous étions déjà condamnés comme race humaine dans le cosmos, et nous avons voulu renverser l’échiquier et dire que nous étions là ! Peut être parce que ceux qui outragèrent nos rêves ne purent en terminer avec nos envies de rêver… en fin Sélène, je ne sais pas si j’ai répondu à ta question, je ne sais pas si cela te sert pour l’étude des intangibles dans la classe d’histoire, mais je n’étais qu’un simple maçon et je ne sais pas expliquer très bien…- Il y eut quelques secondes de silence, et plusieurs yeux brouillés, jusqu’à ce que MamaMémé intervienne avec sagesse. - Ne le crois pas Sélène, tu verras qu’il sait très bien s’expliquer, exprima t elle en prenant tendrement la main de PapaPépé, en même temps qu’avec l’autre main elle commençait à frapper la table en rythme, comme pour rappeler à son époux une chanson, tout en le regardant dans les yeux. Et donc PapaPépé et MamaMémé commencèrent à murmurer cette vielle chanson qu’une fois ils avaient improvisés dans l’atelier d’Anibal, pendant qu’ils frappaient les outils en rythme. Les images de tous les amis de ces temps anciens apparurent, au point qu’ils paraissaient revivre pour accompagner PapaPépé à son anniversaire…
« Nous somme recalés en terre de triomphes, mais elles sont blessés les fausses illusions. Les champs ils prirent, Avec le pain et le blé L’esprit ils ravirent et achetèrent les volontés. Nos rêves annulèrent Et les cieux fermèrent, mais ils ont oublié ceux qui, morts, nous croyaient que l’esprit et la foi n’ont ni maître, ni loi Et nous nous sommes levés En l’Honneur des Rêves
Quand PapaPépé et MamaMémé terminèrent de chanter, il n’y avait plus de questions ni de commentaires, et un silence chargé d’émotion de plusieurs minutes remplit l’enceinte d’énergie. Peu à peu les invités partirent, après s’être salué avec de fortes accolades entre tous, et en particulier avec PapaPépé et MamaMémé. Une des dernières à partir fut Sélène, qui pendant qu’elle marchait vers la porte pensait combien importantes furent pour elle les paroles de PapaPépé ; elle ne savait pas si elle pourrait transmettre les intangibles à sa classe d’histoire, mais ce n’était pas important parce qu’elle les avait intégrés dans son cœur. PapaPépé l’observait de coté pendant qu’elle s’en allait. Il voyait en elle la continuation de la vie, comme lui s’était senti parfois la continuation de ses ancêtres. Maintenant moins que jamais il n’avait peur de la mort. Pendant qu’il observait la silhouette de Sélène sous la lumière de la rue, PapaPépé entonna intérieurement cette strophe qu’Anibal avait dédié à son ami Pupa, quand les ombres l’emportèrent de façon incompréhensible :
Comme le gazon, Entre les tombes croissons. Esprit Humain Ne meurt d’aucun demain !
Guillermo Sullings 21/04/04 Traduction : William Dupré 21/07/04 La rébelion des recalés (Partie III / IV)De nouveau les souvenirs de PapaPépé furent interrompus.
- PapaPépé !, appelaient les parents et les amis qui étaient déjà assis à table, prêts à manger ; -Nous ne pouvons pas commencer s’il nous manque celui dont c’est l’anniversaire !-
PapaPépé s’assis à une des tables à côté de son épouse, qui l’accueillit avec un regard tendre et malicieux. MamaMémé était une vieille femme de quelques années plus jeune que son époux, dont elle partageait la vie depuis les Temps Anciens. Il y avait peu de couples qui restaient depuis cette époque là, et tous les deux savaient qu’ils ne leur restaient pas beaucoup de temps devant eux, à moins qu’une nouvelle avancée scientifique ne continue de prolonger la vie physique. Pour autant, l’idée de partir vers un autre espace ne les alarmait pas. Cela faisait longtemps que la peur de la mort avait perdu force dans l’humanité, et la certitude de la transcendance était une expérience aussi réelle que la vie même. D’autre part, tous les deux savaient qu’au travers de leurs descendants et au travers de leurs œuvres ils continueraient d’être présent dans le monde. En attendant, ils continueraient de profiter de leur vieillesse et de leurs expériences avec la famille et les amis. Ils s’étaient connus dans un des « groupes de recalés », comme on disait à l’époque, vu qu’ils vivaient dans des quartiers proches, dans les zones les plus humbles de l’antique cité. Depuis ce temps, ils avaient vécus beaucoup d’aventures en commun, beaucoup d’expériences, avec une franche communication, au point qu’il leur suffisait d’un regard subtil pour savoir ce que pensait l’autre. De l’autre coté de PapaPépé était assise doña Maïté, leur petite fille, qui proposa à tous les invités, avant de commencer à manger, de réaliser une Cérémonie pour faire une demande de bien-être à tous les êtres chers. En la terminant, PapaPépé ne put s’empêcher de se souvenir de la première fois où il avait fait cette Cérémonie, dans l’atelier de mécanique de son ami Anibal. Une cousine de l’épouse d’Anibal, qui venait d’une autre ville les avaient invité. Il y eut quelques explications préalables que PapaPépé n’avait pas bien comprises, mais en faisant la Cérémonie, il se sentit très bien, réconforté et baigné d’une vague d’énergie positive. À cette époque PapaPépé travaillait comme apprenti maçon quand il pouvait, et il se plaignait toujours de ne pas avoir pu terminer l’école primaire. Quand il commença à assister aux réunions, parfois on parlait de choses qu’il ne comprenait pas très bien, mais le climat des réunions, et le fait qu’on le respectait et qu’on l’écoutait comme une personne cultivée quand il parlait, le réconfortait. Nombreuses étaient les choses dont on parlait dans les groupes à cette époque là, et nombreux étaient les termes utilisés, mais PapaPépé en resta à sa propre synthèse en son propre langage, parce que c’est ainsi qu’il le voyait : il se sentait un recalé, parce que dans un monde compétitif fait pour quelques vainqueurs, il restait en dehors, et il avait perdu sa dignité comme être humain parce qu’on lui avait enlevé jusque ses rêves, mais maintenant il se sentait bien dans un groupe où on le traitait bien, on l’écoutait, et où il faisait des expériences réconfortantes et de beaucoup d’énergie. Cela fut suffisant pour se relever et travailler avec d’autres et faire partie de la Rébellion des Recalés. Et chaque fois qu’il faisait une cérémonie avec d’autres, il revivait la force de cette époque. Le repas se déroula avec animation, entre blagues et conversations aux différentes tables jusqu’à ce que peu avant minuit quelques jeunes hommes et jeunes femmes se levent pour aller laver la vaisselle et préparer le thé et le café. Alors peu à peu on forma un demi cercle autour de PapaPépé, sachant que s’approchait le moment des anecdotes des Temps Anciens. Sélène et ses camarades de classe se mirent près, pour pouvoir poser des questions et écouter avec plus d’attention. Cependant, le premier à demander quelque chose fut Camille, qui travaillait à la distributrice communale d’aliments, et qui n’avait jamais compris le système de distribution d’aliments des Temps Anciens.
-PapaPépé, une fois j’ai lu que, anciennement, les aliments étaient distribués de façon si inefficace que beaucoup de gens avait faim jusqu’à mourir de malnutrition. À quoi était dû tant d’inefficacité ? -Écoute, Camille- commenta PapaPépé, en vérité ce qui se passait c’est qu’il n’y avait aucune planification alimentaire, simplement ceux qui avaient de l’argent mangeaient, et les autres avaient faim. La véritable planification dans tous les aspects commença des années plus tard quand les gens furent unis, mais dans les Temps Anciens, la société était divisée, c’était la loi du plus fort. Pour te donner un exemple, si aujourd’hui 4 personnes se promènent dans les champs, chacun avec un bâton de bois à la main, et l’un avec une toile imperméable sur le dos et soudain la pluie les surprend, que vont-ils faire selon toi ? - Logiquement ils utiliseraient chaque bâton comme un poteau et ils poseraient dessus la toile imperméable comme un toit, et ils se réfugieraient en dessous pour ne pas se mouiller-, répondit Camille. - Exactement- approuva PapaPépé, - ils feraient cela parce qu’ils sont amis et qu’ils sont unis, mais en ces temps là ce qu’ils auraient fait en la circonstance c’est de se taper dessus avec les bâtons jusqu’à ce qu‘un seul reste avec la toile. L’individualisme avait converti les êtres humains en ennemis et en compétiteurs. - Pardon PapaPépé, - intervint Sylvie, une des amis de Sélène,- je n’ai jamais bien compris ce que c’était que cet individualisme. En science historique on nous explique très bien les faits tangibles des Temps Anciens, on nous explique comment la richesse qui se générait était mal distribuée, que certains accumulaient beaucoup et d’autres avaient peu, et qu’ainsi fonctionnait l’économie de l’époque, basé sur les comportements individualistes des personnes. Mais on ne nous explique pas bien l’intangible de l’individualisme.- - L’individualisme-, répondit PapaPépé,- est une conduite humaine qui surgit à partir des états négatifs comme la peur, l’envie et l’avarice entre autres. Nous pouvons tous sentir ces états parfois, seulement cela nous passe rapidement, de la même manière qu’un état de confusion. Mais dans ces temps là, les gens n’avaient pas l’habitude d’observer leur intériorité et ils n’avaient pas comme objectif la cohérence ; si on ajoute à cela que les valeurs de l’époque considéraient la compétition et le triomphe comme des vertus, les états négatifs des personnes s’approfondissaient et se figeaient encore plus. Bien entendu un tel état de stupidité était associé à de nombreuses tensions corporelles qui finissaient par affecter la santé, mais les gens étaient tellement déconnectés d’eux-mêmes, qu’ils ne se guérissaient pas, et beaucoup de maladie de l’époque avaient pour origine ce phénomène d’altération collective. Le phénomène de l’individualisme se convertit en paradigme et a eu ses idéologues pendant pas mal de temps. Et la société adopta ce modèle et se convertit en une société malade et idiotisée, dont le sens de la vie était l’argent.- - Cela je ne le comprend pas ! s’exclama Laure, alors qu’elle regardait de côté Sélène comme pour demander la permission de poser la question,- Comment pouvait-on dire que le sens de la vie était l’argent, si même les enfants savent que le sens de la vie… c’est la vie, comme le dit le mot lui-même ? - Maintenant on trouve cela simple-, répondit PapaPépé, - mais à cette époque, je te répète, il n’y avait pas de contact avec le monde intérieur, il n’y avait pas de spiritualité, il n’y avait pas de contact avec le plus sacré, et par conséquent aucune relation avec la vie et sa direction croissante. Et quand l’être humain perd le contact avec son sens dans le monde, il cherche des raisons externes pour vivre. Et le système lui donnait une bonne raison externe, l’argent, le pouvoir, le prestige, et tout ce qu’est supposé gagner un vainqueur. À cette époque, ceux qui formèrent les premiers groupes nous parlaient des sens provisoires, des rêveries et tout cela. Quelques uns comme moi qui n’étaient pas très instruit, nous appelions cela les illusions que nous avaient mises dans la tête le Système quand ils nous quittèrent les rêves élevés- - Qui fabriquaient le Système ? Et pourquoi personne ne les a virés ?- demanda spontanément Édouard, le petit frère de Sélène, provocant quelques sourires parmi les présents. - Si PapaPépé me permet…-, intervint MamaMémé, qui ne voulait pas trop intervenir pour ne pas rompre avec la coutume que celui dont c’était l’anniversaire réponde, mais qui en même temps voulait profiter de ses aptitudes pédagogiques pour répondre à l’enfant ;…- en réalité, d’une certaine façon, à un moment donné, nous étions tous le Système, ou au moins la majorité. Car c’est les personnes qui avaient adoptés les valeurs de l’individualisme, qui soutenaient le Système, et de fait quand la majeure partie des gens qui se sentaient recalés cessa d’y croire, il finit par tomber. Évidemment les plus grands représentants de ce système étaient ceux qui manoeuvraient le pouvoir économique, et leurs plus grand actionnaires, les politiques et les médias. Mais en même temps ces personnes faisaient partie d’une grande machine qui avançait contre leur propres volontés, et même si, évidemment, ceux qui étaient dans cette situation de pouvoir étaient ceux qui croyaient le plus dans le Système, s’ils avaient essayé à un moment de faire les choses d’une autre façon, ils n’auraient pas pu, et dans le meilleur des cas ils auraient renoncé à leur espace de pouvoir qu’immédiatement un autre aurait occupé. Pour mieux comprendre cela : tu as vu, Eddie, comment l’avenue centrale se remplit de monde les jours de fêtes. Imagine toi que pour une raison quelconque les gens se mettent à courir comme des fous dans une direction ; si quelqu’un voulait courir dans le sens contraire ou rester tranquille, il serait sûrement piétiné par les autres, et devrait donc se mettre à courir dans le même sens que les autres ; et même si la majorité des gens à un moment se demandait quel était le sens de continuer à courir, ils continueraient à le faire parce que chacun, individuellement, ne sait pas qu’ils sont beaucoup à se poser la même question, et par doute tous continueront à courir pour ne pas être piétinés. Bien entendu, avec le temps, quelques uns de toutes façons s’arrêteront, que ce soit par fatigue ou parce qu’ils ont été piétinés par ceux qui courent plus vite, ou parce qu’ils sont resté à la traîne, et ceux là seront les recalés ; mais ceux qui vont devant, en plus d’être sûrement ceux qui sont les plus convaincus qu’il faut courir, sont ceux qui ont le plus de pressions pour ne pas s’arrêter, parce qu’ils ont tous les autres qui courent derrière. Donc, ce que je suis en train de te dire, que le Système en lui-même n’était pas personnifié par une personne, signifie aussi qu’ « il n’y avait personne en particulier à virer » comme tu disais dans ta question. De fait, quand quelques uns essayèrent de changer les choses par la violence, non seulement ils produisirent des réactions doublement violentes (vu la puissance du Système), mais en plus, en ne corrigeant pas le problème de fond, « le désir compulsif de courir » pour suivre l’exemple, débouchèrent sur des transformations aussi mauvaises que le Système même.- - Bien entendu-, ajouta PapaPépé,- à un moment donné, dans les groupes de recalés, en plus de nous réunir et de faire croître les groupes, nous nous sommes proposé le changement du Système au travers d’activités concrètes, et de fait certains participèrent à cette époque dans des institutions du Système, mais il fallait faire très attention de ne pas adopter ses formes à lui, et cela n’était pas facile. Déjà que certains non seulement avaient adopté les formes du système, mais aussi ses contenus, peut être parce qu’ils n’avaient pas ressenti l’échec de façon profonde ; mais même pour ceux qui n’avait pas peur de se laisser contaminé intérieurement par le Système en y participant institutionnellement, il y avait de grandes difficultés à transmettre à la majorité des gens une intention véritable de faire une révolution, sans qu’ils nous enferment dans les formes périmées. Le mot Révolution même, avait été tellement abâtardi que personne ne croyait en lui. À un moment il y eut certains groupes dans d’autres lieux qui pensèrent à créer des mots nouveaux pour pouvoir traduire nos intentions aux gens. À mesure que la crise s’approfondissait, il y avait de plus en plus de gens en désaccord avec le système, mais même si nous coïncidions avec la majorité sur les diagnostics de la situation, il en coûtait beaucoup pour coïncider sur ce qu’il fallait faire pour changer les choses. Et si nous ajoutons à ceci, que de nombreuses fois les gens avaient entendu qu’il fallait changer les choses, dans la bouche de toute une gamme variée de manipulateurs avec des ambitions de pouvoir, d’inutiles sans direction, de révoltés pleins de ressentiment, et de charlatans de tout poil, il devenait difficile d’organiser les gens vers une Révolution, en devant leur dire « nous voulons faire une révolution, mais nous ne sommes pas comme ceux-ci, ni comme ceux là, ni comme cet autre que vous détestez… ». Et si à cela nous ajoutons que de nombreuses fois nous même nous tombions dans quelques vices propres à ces personnages, cela devenait plus dur. Mais malgré tout, cela avançait, plus que jamais à mesure que les gens connaissaient un groupe, faisaient leurs expériences et connaissaient notre attitude de fond, ils commençaient à avoir confiance en nous et en eux même. Et bien entendu, pour répondre plus directement à ta question, l’intention de « virer ceux qui manoeuvraient le système » a toujours été présente, et de fait nous avons donné plusieurs petits coups au Système pour aider à ce qu’il tombe, toujours de façon Non-violente, et certaines de nos organisations furent très utiles quand le Système tomba, mais le meilleur moyen de le virer fut de ne plus croire en lui et de remplir la place qu’il occupait entre les personnes, par un sentiment digne de l’être humain. - Quand tu dis que certains ne sentaient pas l’échec profondément, de quoi parles tu ?- demanda Thomas, élevant la voix d’une des extrémités. - Je veux dire-, commença PapaPépé,- que c’était se sentir réellement recalé comme personne dans le monde, indépendamment des causes de cet échec. Parce que aujourd’hui, rétrospectivement, nous sommes en train de donner toutes les explications sur les valeurs du système, le triomphalisme, et tout cela, mais à cette époque ce n’était pas avec les explications que quelqu’un sentait l’échec de l’intérieur. Simplement il le sentait. Par contre, il y en avait beaucoup qui, en réalité, au fond d’eux même, sentait de l’envie pour les vainqueurs, et parfois du ressentiment, parce qu’au fond ils auraient aimé triompher eux-mêmes. Ces personnes souvent coïncidaient avec certaines positions idéologiques à propos du Système, mais en ne se sentant pas réellement recalés, elles avaient toujours l’envie latente de triompher d’une façon ou d’une autre, que ce soit dans le Système, ou contre le Système, mais toujours triompher, et donc avaient une attitude peu positive. Et à l’inverse, il y avait des gens qui apparemment appartenaient à une « bande de vainqueurs », et cependant se sentaient recalés. D’où venait les gens n’avait pas beaucoup d’importance, puisque de tous côtés, il y avait des gens avec une attitude ou une autre, et en plus les gens pouvaient changer, pour cela il était important pour nous de ne pas avoir de préjugés. - PapaPépé…-, intervint pour la première fois Sélène, qui avait écouté avec attention toutes les réponses, mais ne comprenait toujours pas complètement certains des intangibles de l’époque, et avait l’intuition que l’on n’avait toujours pas répondu au principal, qui pour elle était comment les recalés eurent la force et la constance pour cette Rébellion.- dis moi, comment était le groupe dans lequel tu participais, qui le composait ? .../... La rébelion des recalés (Partie II / IV)Soudain, les souvenirs de PapaPépé furent interrompus pour un instant. - ¡PapaPépé!, s’exclama Thomas, le voisin de la maison d’en face qui avait l’habitude de préparer les desserts pour les anniversaires du voisinage, en se séchant les mains dans un tablier. – As–tu vu les nouvelles du journal communal ?- - Sincèrement je n’ai pas eu le temps-, répondit PapaPépé, - la préparation de la maison pour la fête m’a assez occupé- - Il parait que dans peu de temps les nouveaux systèmes de calcul et de robotisation pour les routines de niveau 6 arriveront en ville-, expliqua Thomas. - Et qu’est ce que cela signifie ? demanda PapaPépé qui n’était pas un expert en la matière. - Excuse ma maladresse-, répondit Thomas, qui dans l’enthousiasme de donner la nouvelle, n’avait pas pensé à la possible méconnaissance de PapaPépé sur ce thème, tombant dans une déjà archaïque erreur communicationnelle, - je ne sais pas si tu es au courant que le remplacement progressif du travail humain dans les tâches routinières et peu créatives par les machines, est en train de se faire par niveaux. Le niveau 6 signifie une quantité de tâches routinières, tant au niveau administratif que manuel, qui équivalent à un gain moyen de 2 heures journalières dans le travail humain. Et ceci signifie plus d’heures libres pour beaucoup d’entre nous, plus de lectures, plus de voyages, plus de loisirs, plus de recherche, plus d’art ! N’est ce pas fabuleux ? - Je le crois-, dit PapaPépé qui, ayant encore en tête ses souvenirs, ne put s’empêcher de comparer la nouvelle que lui contait Thomas, avec ce qui arrivait dans les temps anciens avec les avancées technologiques.
Pendant que Thomas retournait à la cuisine, PapaPépé se rappela comment dans sa jeunesse les avancées technologiques n’étaient pas utilisées pour le bénéfice de la majorité, mais au contraire pour générer plus de profits pour ceux qui accumulait le capital, pendant que les gens se retrouvaient au chômage et marginalisés. Il se rappelait même comment, dans cette lutte pour les postes de travail, beaucoup de personnes entraient en compétition sauvage avec leurs propres collègues, pour obtenir un meilleur poste ou simplement pour maintenir le leur. L’insécurité du travail avait généré un tel niveau de tension dans les relations humaines, qu’il était très difficile de conserver la santé mentale, non seulement sur les lieux de travail, mais aussi au sein des familles. Le tissu social avait disparu, beaucoup de liens familiaux ou d’amitié se détruisaient à cause de tensions dues à l’argent, et aussi beaucoup de faux liens se construisaient illusoirement sur la base d’ambitions ou d’insécurités financières. Les sentiments les plus nobles de l’être humain passaient en second plan, étaient dégradés, réprimés ou anesthésiés. Ceux qui se voyaient obligés de réprimer leurs sentiments vécurent une lutte interne permanente, au point de sentir l’échec de leurs vies. Ceux qui anesthésièrent leurs sentiments jusqu’à les faire disparaître, se transformèrent en maîtres, ou en explorateurs, en prête-noms, en mercenaires, en bourreaux, en esclaves dont le Système avait besoin pour continuer à fonctionner. Tous ceux là se sentirent à leurs façons vainqueurs par rapport aux valorisations du processus d’« Outrage des Rêves », puisque même ceux qui étaient au plus bas dans les échelles illusoires du triomphe, contribuaient à bouger les gigantesques roues du Système, en essayant de gravir une marche. Et les autres, les recalés, en marge du Système, ou qui, alors qu’ils n’y croyait plus, essayaient d’y survivre pour ne pas être jetés dans la marginalisation, ceux là voyaient leur futur fermé, parce que dans le processus d’« Outrage des Rêves », ils avaient aussi perdu la foi dans les sentiments, dans les idéaux, dans leurs prochains et dans la vie même. La vie s’était transformée en une sorte de compétition sportive, dans laquelle il y avait peu de vainqueurs et beaucoup de perdants. Seulement dans ce cas là celui qui se trouvait hors compétition se trouvait hors du jeu de la vie et en perdait le sens. Les médias faisaient la promotion des « grands vainqueurs » : millionnaires, sportifs célèbres, artistes à succès, professionnels reconnus et modèles de beauté étaient exhibés comme les exemples à suivre par les aspirants au triomphe. Logiquement très peu parvenaient au but, et une majorité silencieuse de recalés devaient se contenter de les applaudir et de les envier. Pendant un certain temps les recalés acceptèrent des prix mineurs ; la compétitivité et l’individualisme se transmettant à tous les niveaux, beaucoup se contentait de petits triomphes dans son cercle social ou professionnel. Tous avaient quelqu’un avec qui se comparer en mieux ou en pire car, l’envie et le ressentiment dans un sens, et la superbe et le mépris dans l’autre étaient monnaie courante dans le système des relations humaines de l’époque. Bien entendu, beaucoup commencèrent à sentir la nécessité d’un changement, mais ils ne trouvaient pas la force de se relever, vu qu’il n’y avait pas d’images qui les mobilisaient, ou comme PapaPépé aimait le dire il n’y avait déjà plus de rêves auxquels croire.
Tout paraissait perdu, jusqu’à ce qu’un jour commence la Rébellion…
PapaPépé ne se souvenait pas bien quand, ni comment elle commença. Il se rappelait seulement que peu à peu quelques groupes de personnes, qui avaient commencé à ressentir l’échec dans leur cœur, commencèrent à se réunir en divers lieux. Ils ne se réunissaient pas pour planifier un quelconque complot, ni pour attaquer quelqu’un, ni pour se proposer des projets démesurés. Simplement ils se réunissaient pour parler parce que cela les réconfortait. Au début ils conversaient de différentes choses, souvent superficielles, comme il était courant à cette époque, mais rapidement certains commencèrent à s’ouvrir et à parler des choses qui leur arrivaient à l’intérieur. Et quand un peu d’entre eux rompirent la glace, tous les autres s’animèrent en parlant de ce qu’ils avaient toujours voulu dire mais n’avaient jamais oser parce qu’ils pensaient être les seuls à s’intéresser à ces thèmes. Ils parlèrent de leurs peurs, de leurs frustrations, de leurs nostalgies, de leurs difficultés, de leur manque de sens de la vie, et cela les aida à se sentir moins seul dans l’échec de leur vie. En d’autres occasions, ils décidèrent de parler des vertus de chacun, et ceci fut très divertissant, car il leur coûtait beaucoup de trouver des vertus en eux-mêmes et dans les autres, vu que le Système leur avait enseigné à croire que la seule vertu était d’être un vainqueur. Mais à mesure qu’ils découvrirent leurs vertus, à mesure qu’ils virent leurs attributs de personnes aimables, ou créatives, ou solidaires, ou intelligentes, ou tenaces les conversations entre ces groupes d’amis devinrent plus animées. Jusqu’à ce qu’un jour certains commencèrent à parler de leurs rêves. Bien sur, le processus d’« Outrage des Rêves » n’avait pas laissé grand-chose debout, mais comme ce processus se réalisait principalement au travers de l’éducation, des médias et de l’interaction avec des personnes déjà adaptées au système, il y avait toujours dans la mémoire quelque souvenir, généralement de l’enfance, ou parfois de l’adolescence, dans lequel apparaissait des rêves. Un récit revenait très souvent entre les personnes : quand elles étaient enfants, les nuits elles se sentaient heureuses seulement en pensant au lendemain, où elles retourneraient jouer avec leurs amis, où elles devraient aller à une fête, où elles allaient utiliser un jouet nouveau. C’était très curieux de voir comme cette expérience si simple de pouvoir imaginer un futur heureux, et de se sentir bien dans le présent avec cela, paraissait une relique de l’enfance, une expérience sans retour. Beaucoup exprimait la théorie que quand ils étaient enfants ils « ne connaissaient pas la réalité », ou ils vivaient dans « un monde irréel » et pour cela pouvaient être heureux ; mais étant maintenant adultes, « la réalité » était la souffrance, la peur, l’angoisse, et le sacrifice pour survivre et arriver à être un vainqueur. Il était clair qu’imaginer cette « réalité », et occuper son esprit avec cette image, empêchait toute possibilité d’avoir des rêves de futur, et donc rendait impossible d’être heureux dans le présent. Cependant, beaucoup de participants de ces groupes commencèrent à sentir que, quand ils étaient seuls et angoissés, le seul fait de penser que le jour suivant ils allaient se réunir avec les autres pour parler de ces thèmes, les faisait se sentir bien. Bientôt les réunions se firent plus nombreuses, et les groupes se multiplièrent ; ils commencèrent aussi à toucher d’autres thèmes intéressants. Dans de nombreux cas, pour tenir compte des conflits sociaux, quelques uns commencèrent en plus à s’organiser pour s’aider mutuellement, entre ceux qui avaient du travail et ceux qui n’en avaient pas, entre ceux qui avaient des connaissances et ceux qui n’en avaient pas, entre ceux qui nécessitaient un certain type d’aide et ceux qui pouvaient l’apporter. Toujours avec réciprocité, en assumant que tous devaient s’aider entre tous. Les groupes ont continué de se multiplier pendant que le monde continuait de s’enfoncer dans le chaos. Parmi beaucoup de groupes surgit le besoin de produire un changement social de façon organisée, mais l’« Outrage des Rêves » avait fait de tels ravages qu’il n’y avait déjà plus de modèles à suivre dans la lutte sociale. Toutes les tentatives antérieures avaient échoués, et ce n’était pas un hasard. Le système avait si bien imposé ses valeurs et ses paradigmes au travers des médias et de la cinématographie, la population avait incorporé si profondément l’individualisme et l’ambition de pouvoir, que beaucoup de révolutionnaires et de travailleurs sociaux, au moment d’imaginer leur révolution, se voyaient inévitablement comme les protagonistes exclusifs de celle-ci, sur une sorte de podium de célébrités ou comme les vainqueurs d’une croisade triomphale, en accord avec les images des héros cinématographiques ou des légendes à la mode. La majorité n’allait pas plus loin que s’habiller à la mode révolutionnaire et crier hystériquement quelques consignes stridentes, sans pour autant produire la plus minime transformation autour d’eux. D’autres allèrent plus loin et produisirent quelques transformations, mais l’ambition de pouvoir et le désir d’être indispensable trahissaient toujours les idéaux théoriques. C’était la formule parfaite, ambition de pouvoir, désir individualiste d’être indispensable, ressentiment et autres anti-valeurs qui, comme un cheval de Troie mis en place par le Système lui-même, se nichaient dans toute entreprise révolutionnaire et l’amenaient à sa perte. Évidemment cet échec se transformait aussi en nihilisme des grands ensembles humains, au point que personne ne croyait sérieusement que le monde pourrait changer un jour, et que le mot révolution avait perdu tout son sens. Alors se produisit l’inimaginable, parce que rien de grand ne pouvait s’imaginer à cette époque pour la majorité des gens. Entre les groupes qui avaient commencé à se réunir en différents endroits pour se réconforter mutuellement, commença à surgir un impétueux courant de vie, d’énergie. Il s’agissait de quelque chose qui les transcendait et leur appartenait à la fois. C’était quelque chose en plus d’eux, mais c’était en eux et cela les traversait et se communiquait d’une autre façon. Ce courant d’énergie les conduisit à réunir à des moments donnés de grands ensembles humains en différents points de la planète, et ainsi tous commencèrent à se sentir accompagnés et à sentir encore plus de force. À cette époque là, les médias du système essayèrent dans un premier temps d’occulter, puis de travestir, le phénomène qu’il leur était impossible de comprendre. D’autre part, ils ne savaient pas si cela affecterait ou non leurs intérêts, puisque ces grands ensembles humains étaient totalement pacifiques et qu’ils n’agissaient pas comme les « révolutionnaires » typiques de l’époque. Au début, ces derniers, paradoxalement, étaient ceux qui critiquaient le plus ce phénomène humain. Il y eut aussi ceux qui ont essayé de capitaliser sur lui et de le diriger pour que ce grand courant humain appui leur « cause », mais ils étaient si grotesques qu’à peine ils ouvraient la bouche qu’on voyait apparaître les codes du Système : individualisme, ambition de pouvoir, intolérance et vide spirituel. À mesure que le temps passait, grandissait la quantité de gens qui assumaient l’échec de leurs croyances dans le Système et s’ajoutaient à ces ensembles humains, et rapidement tout s’accéléra. La majorité des gens cessa de croire dans les médias du Système ; la majorité des gens cessa de croire dans les institutions et dans les fonctionnaires, dans les politiciens traditionnels et leurs fausses alternatives ; la majorité des gens cessa de croire dans les passe-temps hypnotiques, dans les modèles établis, dans la course au succès. Et par ce seul fait, cessa de faire des choses qu’elle faisait avant, cessa d’acheter les choses qu’elle achetait avant, cessa d’applaudir qui elle applaudissait, cessa de voter pour qui elle votait, cessa de se réunir où elle allait avant, cessa de lire, écouter ou regarder les hypnotiseurs du Système, et ainsi le Système perdit son énergie humaine, qui était ce qui l’alimentait réellement et, commença à se fendre comme une coquille vide. La Rébellion des Recalés avait enlevé ses béquilles au système…
.../... La rébellion des recalés (Partie I / IV)Le Centre Éducatif du Quartier Ouest allait fermer ses portes pour la journée. Les étudiants sortaient en groupes en parlant et en riant. Certains traversaient le parc à bicyclette ou en courant derrière un ballon, pendant que d’autres se dirigeaient vers la gare. Sélène et son amie Laure préféraient marcher jusque chez elles, parcourant sans hâte les presque deux kilomètres du boulevard bordé d’arbres. - Comment ça s’est passé en classe aujourd’hui ? demanda Sélène. - Très bien-, répondit Laure en terminant de ranger dans son étui son archive audiovisuelle éducative, -on a progressé dans l’enquête sur l’utilisation industrielle des minéraux extraits de Jupiter ; notre orientateur éducatif a réuni l’information nécessaire et nous nous sommes partagés le travail- - Super-, répondit Sélène, - Nous on a avancé dans l’interprétation historique des faits tangibles et intangibles du passé, ce qui tombe à pic pour préparer les questions de cette nuit- - Que se passe t-il cette nuit ? demanda Laure - Mon PapaPépé fête ses 136 ans, et chaque fois que nous célébrons son anniversaire revient le thème du Grand Changement. Comme lui et son épouse sont de ceux qui ont appartenu à cette époque, j’ai toujours aimé leur demander qu’ils me racontent des anecdotes, et maintenant que nous voyons ce thème en histoire, j’ai aussi invité quelques camarades de classe.- - Quelle chance tu as, s’exclama Laure,- malheureusement je n’ai personne dans ma famille de cette époque, et cela me plairait beaucoup d’écouter quelqu’un qui a vécu ces moments là. - Et pourquoi tu ne viendrais pas ce soir à l’anniversaire ? demanda Sélène. - Génial !-, s’exclama Laure avec les yeux brillants. Elles continuèrent à marcher jusqu’à chez elles, en saluant et conversant avec les gens du quartier.
Dans la nuit Sélène vint chercher Laure et ensemble elles allèrent à la fête. Dans la maison de PapaPépé tout était joie, et dans l’immense patio il y avait plus de 150 personnes autour des tables ; quelques groupes plus jeunes s’étaient assis sur le gazon pour chanter, pendant que les enfants faisaient la course avec les chiots. Les anniversaires de PapaPépé étaient toujours très prisés parce qu’ils coïncidaient avec la Fête Saisonnière du Printemps, et beaucoup de gens du voisinage s’y rendaient avec l’esprit festif. PapaPépé observait les scènes simultanées du patio, l’épaule appuyée sur son arbre favori, un vieux saule qu’il avait planté quand il était enfant. Il s’agissait de temps obscurs de l’histoire lointaine, un moment où l’humanité était entrée dans une longue période d’ombre. La joie et la spontanéité des personnes qui étaient à la fête contrastaient avec ses souvenirs lointains, à tel point que par moments il lui arrivait de penser que tout ceci n’avait été qu’un cauchemar collectif. De nombreuses années s’étaient écoulées depuis cette époque, il ne se souvenait déjà plus très bien combien. Cela faisait longtemps que le calendrier avait été unifié pour tout le monde, calculant les millénaires, les siècles et les années en prenant comme point de repère l’utilisation du feu par l’être humain. Durant la jeunesse de PapaPépé, il existait différents calendriers suivant les diverses religions et cultures, bien que le plus répandu dans la région à l’époque était le calendrier chrétien. D’après les souvenirs de PapaPépé, la Grande Crise se fit plus aigue lors de la fin du deuxième millénaire de ce calendrier et là surgirent quelques-uns des Initiateurs du Changement, jusqu’à ce que pendant la première décennie du troisième millénaire se produise la Rébellion des Recalés, qui aboutit au Grand Changement. PapaPépé savait que, comme à tous les anniversaires, viendraient les questions sur les anecdotes de cette époque, et il était en train d’essayer de rafraîchir sa mémoire. S’il y avait encore quelques milliers de PapaPépés de part le monde, dans cette ville ils n’étaient pas si nombreux ceux qui étaient arrivés à temps pour accéder aux avancées scientifiques qui permirent de prolonger la vie humaine physique ; et même ainsi on n’avait pas pu dépasser la barrière des 150 ans. Un des grands défis scientifiques de cette époque était de dépasser cette limite, puisque l’on estimait que 200 ans était le temps physique minimum pour qu’un être humain puisse développer tout son potentiel et accéder à la connaissance intégrale. Les PapaPépés étaient très écoutés, vu qu’ils étaient ceux qui pouvaient aider à comprendre les faits intangibles de l’histoire ancienne. Les étudiants d’histoire disposaient d’informations nombreuses sur les faits tangibles, mais ils avaient de grandes difficultés pour comprendre les intangibles d’autres époques. Le Grand Changement avait transformé la vision du monde et les relations humaines de telle façon, qu’il était pratiquement impossible, depuis la perspective actuelle, de comprendre certains comportements anciens. PapaPépé avait déjà répondu à de nombreux jeunes, durant plusieurs générations, au sujet de ce qui s’était passé dans l’ancien temps, mais aujourd’hui il savait qu’il y aurait un interrogatoire spécial, celui de son adorée et perspicace descendante Sélène, et il ne voulait pas la décevoir, de sorte qu’il se mit à parcourir sa mémoire. Les premiers souvenirs remontaient aux dernières décennies du deuxième millénaire de l’ère chrétienne, cela faisait plus d’un siècle ; déjà à cette époque la décadence spirituelle de l’humanité durait depuis longtemps. Comment savoir à quel moment précis commença le processus d’idolâtrie de l’argent ! Quand il était enfant déjà, il voyait comment la recherche de la réussite matérielle gagnait de plus en plus d’espace dans les valeurs de l’époque. Bien entendu l’histoire humaine jusqu’à cette époque là n’avait pas été exempte de violence, d’ambition et de stupidité, mais quand ces facteurs amenaient une civilisation à sa décadence, une nouvelle civilisation dépassant l’antérieure surgissait en un autre point de la planète. Mais vers la fin du deuxième millénaire, le monde était tellement interconnecté ou, comme on disait alors, mondialisé, que la crise globale affectait tous les recoins de la planète. Jusqu’à un certain temps il existait encore d’autres valeurs et les gens pensaient aussi à d’autres choses, mais dans les dernières décennies de ce deuxième millénaire, le processus connu populairement comme « l’Outrage aux Rêves » s’accéléra dramatiquement. Ce nom était utilisé fréquemment par quelque uns des premiers êtres humains qui se rendirent compte de ce qui était en train de leur arriver, et si aujourd’hui on sait bien que cette définition n’est pas scientifiquement correcte, beaucoup de ceux qui ont vécu cette époque continue de l’utiliser pour décrire la façon par laquelle, peu à peu, les rêves des gens étaient remplacés par les mécanismes illusoires de l’idolâtrie de l’argent. À cette époque on appelait vulgairement « rêves », n’importe quelle image qui motivait les êtres humains, aussi bien individuellement que collectivement, à se diriger vers des objectifs intangibles lointains ; tout ce qui avait un rapport avec la mystique, l’amour, la sagesse, la liberté, la justice, les affections, les expressions artistiques, la recherche de nouveaux horizons, jusqu’à la conformation des liens familiaux ou d’amitié, et, en définitive, tout ce qui motivait positivement les êtres humains en se configurant dans l’esprit sous forme d’images mobilisatrices, étaient appelés populairement par beaucoup « rêves ». Les meilleurs sentiments de l’être humain quand ils se traduisaient par la recherche de nouvelles situations heureuses pour soi et pour les autres, générant des actions dans cette direction, étaient interprétés communément comme « rêver d’un idéal », ou « rêver d’amour », ou « rêver d’une manifestation artistique » ou rêver de situations nouvelles et réconfortantes en général. Mais à un moment donné commença l’ « Outrage aux Rêves ». On ne sait pas bien comment, ni quand, ni qui, ni même s’il y eu quelqu’un à qui adjuger une telle chose. C’était peut être arrivé à tous ou seulement à quelques uns qui avaient contaminé les autres. On ne sait toujours pas si ce fut une déviation de l’évolution humaine, ou si ce fut un cycle négatif, nécessaire pour un saut qualitatif ultérieur. Quoi qu’il en soit ce qui est certain c’est que peu à peu une sorte de virus s’introduisit dans l’esprit des gens, qui modifia les rêves jusqu’à en finir avec eux, pour les remplacer par la préoccupation de l’argent, par l’adoration de l’argent. En convertissant l’argent en valeur centrale, en une sorte de dieu, tout s’est transformé négativement. Dans l’espace mental où avant il y avait les rêves, se logèrent les préoccupations pour le futur, la peur de ne pas avoir ce que l’on veut, la peur de perdre ce que l’on a, la peur de ne pas obtenir ce que l’on convoite. Toutes les images heureuses se réduisirent à la recherche du bien être économique, et du pouvoir économique dans beaucoup de cas. Peu à peu le monde était entré dans une course effrénée dans laquelle tous étaient les rouages d’une machine à produire de la richesse. Peu de gens faisaient partie de ceux qui accumulaient la richesse, les vainqueurs de la course, mais beaucoup, ou presque tous, se prêtaient à ce jeu, après des triomphes illusoires. Cette course commença à produire beaucoup d’injustice sociale et des conflits commencèrent à surgir. Mais comme l’intangible illusoire de l’idolâtrie de l’argent s’était installé dans les têtes des gens, les conflits n’avaient pas de solution : on parlait seulement de résoudre les problèmes matériels, et on ne prenait pas en compte le délaissement spirituel auquel on avait abouti. L’individualisme, l’avarice, le ressentiment, l’ambition de pouvoir et la peur furent les véritables moteurs de la société durant ces années, avec comme conséquence la violence généralisée et la fragmentation sociale. Devant une telle confusion, beaucoup s’érigèrent en supposés leaders sociaux de diverses obédiences, avec la promesse de changer les choses. Mais à chaque fois s’imposaient de nouveau l’individualisme, l’avarice, le ressentiment, l’ambition de pouvoir et la peur qui nichaient dans le cœur de ces leaders et de leurs suivants. Alors pour la majeure partie des gens la frustration et le nihilisme commença à gagner du terrain. Des mots comme Liberté, Justice, Révolution et tant d’autres, furent abâtardis de telle façon que chaque fois qu’on les écoutait dans la bouche de quelqu’un, on faisait des gestes d’ennui, et même si l’aggravation des conflits provoquaient des réactions sociales, celles-ci ne pouvaient jamais se canaliser dans des changements réels puisque aucun idéal ne donnait cohésion à la société. L’« Outrage aux Rêves » se trouva complété quand non seulement les rêves furent extirpés des gens pour les remplacer par les fausses valeurs de la divinité de l’argent, mais aussi les rêves collectifs, comme la recherche de la liberté, la justice, la révolution et d’autres, qui par leur dimension auraient pu servir d’ultime refuge dans l’esprit des gens, furent aussi désacralisés et désactivés. Alors le futur se ferma pour de nombreuses personnes. L’unique image de futur heureux possible était devenu le bien être économique ; ceci était le sens de la vie, et comme avec l’injustice sociale, il était impossible de faire le bien être économique de tous, la vie commença à perdre son sens pour la majorité. Et même ceux qui arrivaient au bien être économique se sentaient bien souvent vides. La drogue et l’alcool commencèrent à faire des ravages chez les gens, les suicides et les crimes se multiplièrent, et la folie généralisée s’empara du monde. Après des millions d’années d’évolution de la vie ! Après des milliers d’années d’évolution humaine, tout se terminait dans un grand chaos, gouverné par une poignée d’imbéciles triomphateurs ! Après tant de recherches philosophiques sur les origines de l’homme, son sens de la vie et son destin, voilà qu’à la cime de l’évolution humaine il y avait un troglodyte qui gérait des fonds de pensions ! Quelque chose allait de travers, et par chance quelque uns s’en rendirent compte…
.../... December 02 Un escrito de Silo del año 1964, cinco años antes de su primera charla, en 1969 (La curación del sufrimiento).Un écrit de Silo de l'année 1964, cinq ans avant son premier discour, en 1969 (la guérison de la souffrance).
Decimos que el ser humano piensa en una dirección, siente en otra y actúa en otra diferente. Así, en cada momento vive sin armonía y obra con violencia en el mundo con los otros seres humanos.
Nous disons que l'être humain pense dans une direction, sans dans une autre et agit dans une autre encore. Ainsi, à chaque moment il vit sans harmonie et agit avec violence dans le monde envers les autres êtres humains.
El caos de la humanidad es el simple reflejo de la desarmonía interna.
Le chaos de l'humanité est le simple reflet du manque d'harmonie interne.
De este modo, aunque no quiera, el ser humano actúa en contra de lo que siente, siente en contra de lo que piensa y piensa en contra de lo que actúa.
De cette façon, même s'il ne le veut pas, l'être humain agit à l'encontre de ce qu'il sent, sent à l'encontre de ce qu'il pense et pense à l'encontre de ce qu'il fait.
No es, pues, responsable de sus errores porque no sabe lo que hace. Duerme profundamente y su ilusión mayor es creer que está despierto.
Il n'est donc pas responsable de ses erreurs puisqu'il ne sait pas ce qu'il fait. Il dort profondément et sa plus grande illusion est de se croire réveillé.
Propagamos entre los pueblos la doctrina del despertar, de la no violencia y de la hermandad.
Nous propageons entre les peuples la doctrine du réveil, de la non violence et de la fraternité.
Accionamos por la libertad interior y exterior. Decimos:
Nous agissons pour la liberté interne et externe. Nous disons:
Que jamás se responda a la violencia con violencia.
Que jamais la violence ne réponde à la violence.
Que las razas se hermanen definitivamente en una sola humanidad.
Que les races s'unissent définitivement en une seule humanité.
Que ese dios y esa vida más allá de la muerte, se busquen en el fondo dormido de uno mismo. En aquél fondo lleno de fuerzas desconocidas y poderes inmensos.
Que ce dieu et cette vie au delà de la mort se recherchent dans la profondeur endormie de soi même. Dans cette profondeur remplie de forces inconnues et de pouvoirs immenses.
Que todo accionar sea pacífico. No violencia física, no violencia económica, no violencia racial, no violencia religiosa.
Que toute accion soit pacifique. Non violence physique, non violence économique, non violence raciale, non violence religieuse.
Que nuestros deberes permanentes sean despertar cada día más armonizado el pensamiento, el sentimiento y la acción, al mismo tiempo.
Que nos devoirs permanents soient réveillés chaque jour plus harmonieusement la pensée, le sentiment et l'action en même temps.
Despertar a los demás por la enseñanza y la práctica, de ésta, la más sencilla de las doctrinas.
Réveiller les autres par l'enseignement et la pratique, de la plus simple des doctrines entre les doctrines.
Salvemos al ser humano de la venganza, preparando el camino de la nueva Humanidad, que ya se acerca.
Sauvons l'être humain de la vengeance, préparant le chemin de la nouvelle Humanité, qui déjà s'approche. July 18 Nostalgie (Traduction du texte Javier Astigarraga – La Otra Mirada – Virtual Ediciones – Chile – 11/1998)Depuis le présent insatisfait, le regard se tourne vers le passé. Cet agréable souvenir, plaisant, devient maintenant magnifique, nébuleux et compense la frustration présente. Quelle époque formidable c’était ! Même si aujourd’hui j’ignore les situations souffrantes de ce fort désir, que la superposition et le passage des images dans le temps a complété de ses pinceaux magiques. La pieuse mémoire couvre du voile compatissant de l’oubli toutes les épines, comme la terre recouvre l’antique. Et même si on cherche dans des cités cachées, l’ambivalente magie du passé réveille et dévoile le revers brillant de ce qui devrait se convertir en outil pour le futur, conservant là l’image renouvelée, capturée en une fausse appréciation. Quelle réalité recrée ce passé au patient ? Vers où se porte son regard ? Quelle véritable difficulté résout il ? Rien ne paraît être solution de rien. La nostalgie ralentit, immobilise, telle une ancre incrustée enchaînant la conscience à l’abîme insondable, entre les vagues houleuses, empêchant l’avancée vers d’autres ports peut être plus prometteurs. Magnifiant les passés, dégradant le présent. Essaie-t-on de résoudre de là un quelconque futur ? Ou le freine-t-on, retournant à la gloire de ce qui n’existe pas ? Ainsi s’apaise la conscience, en contemplant, immobile, le souvenir, arrimée au passé, endormie par une drogue si puissante qu’elle semble l’alimenter, mais en réalité l’approche de la mort. Chaque fois plus enfermée, étouffant la plénitude des événements, défaite dans ses rêves d’infinis possibles. En régression. |
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